Game of Brexit : un nouveau revirement (Rubrique Journal du Campus)

Game of Brexit : un nouveau revirement (Rubrique Journal du Campus)

Rédigé le 14/12/2019
toremthomas@gmail.com


C’est en quelque sorte un énième revirement dans un thriller policier ou un roman de dark-fantasy de George.R.R Martin, on ne sait plus qui finira vainqueur de cette course dont la ligne d’arrivée semble se rapprocher à chaque instant… pour s’éloigner une fois de plus et ainsi tenir en haleine le lecteur un peu plus longtemps. Chaque fois qu’un personnage tente de la passer, il se fait littéralement éjecter du jeu. Nous ne sommes ni au Moyen-Age, ni dans une fiction, c’est en effet la dure réalité d’un pays avec lequel on n’a jamais cessé de se mesurer. Car oui, le pays du thé et de la rose connaît maintenant depuis plus de 4 ans une crise qui fait tomber les gouvernements et leur premier ministre uns à uns, sous le regard du peuple britannique, quasi-impuissant à faire avancer ce que l’on appelle désormais communément la crise du Brexit.

Brexit ?

C’est le nom que l’on a donné à cette crise, elle ne vous est certainement pas inconnue, car d’un certain point de vue, elle nous concerne un peu. Il s’agit du processus de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne dont il faisait partie depuis 1973 avec 28 pays dont la France. Mais depuis le referendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE du 23 juin 2016, les britanniques ont décidé de quitter le navire européen (51,89%) pour naviguer seuls vers d’autres horizons. Son premier ministre David Cameron, un membre du parti conservateur, opposé au Brexit quitte alors son poste le 13 juillet 2016. Etonnant non ? Car c’est lui qui a organisé le référendum, mais il pensait surtout que les britanniques allaient voter contre… mauvais calcul, la crise est lancée et Cameron quitte le navire après son échec pour être remplacé par Theresa May, elle aussi conservatrice, mais favorable au Brexit.

Pourquoi 4 ans d’attente ?

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’au Royaume-Uni, le système politique est contrôlé par deux chambres qui nomment un premier ministre issu de la majorité. Quand Theresa May est arrivée au pouvoir, elle possédait une petite majorité qui aurait pu lui permettre de faire passer le Brexit auprès des députés. Theresa May s’est alors lancée dans les modalités du départ du Royaume-Uni avec les représentants de l’UE, elle parvient à obtenir (après de très longues négociations) un accord avec l’Union, il ne lui reste plus qu’à faire passer le texte auprès du parlement, facile non ? Mais vu que les anglais ne font jamais rien comme tout le monde, certains députés de la propre majorité de la première ministre refusent l’accord et font vaciller son équilibre, Theresa May s’est mise la chambre à dos. Elle tente trois fois de faire passer le texte, mais elle n’obtient pas la majorité absolue. Après ces trois échecs, Theresa May reconnaît son échec et démissionne de ses fonctions le 24 juillet 2019. Et c’est alors qu’arrive la version anglaise de Donald Trump, Boris Johnson, journaliste et politique, connu pour ses revirements politiques devient chef des conservateurs et par le même instant premier ministre du Royaume-Uni, chacun retient son souffle…
 

Qu’a-t-il changé ?

Une fois installé au 10 downing street, Boris Johnson se lance dans les négociations d’un autre accord avec Ursula Von Deir Leyen représentante de la commission européenne. Le point chaud est notamment la menace d’un « no deal » une sortie brute, sans accord, plutôt mauvais pour une économie… Il obtient à son tour un accord qu’il présente à la chambre… pas de chance ! Il perd sa majorité à cause de ses fausses promesses et son mode d’action. Boris Johnson limoge le parlement pour organiser des élections générales et tenter de regagner sa majorité. Et surprise, le 12 décembre 2019, date des élections, le parti conservateur explose littéralement les scores en obtenant une immense majorité au parlement (43,5% avec 10% d’avance sur les seconds). Boris Johnson a désormais les mains libres, mais dans un tel thriller à rebondissements, parviendra-t-il à faire sortir son pays le 31 janvier 2019 de l’UE ? Dans le cas contraire, il affirme qu’on le retrouverait « mort dans un fossé plutôt que d’essuyer un second refus »… Un style très british non ?

Et à l’intérieur ?

Côté Grande Bretagne, le Royaume-Uni a du mal à garder un semblant de bon fonctionnement. En effet, les quatre provinces qui le constituent sont divisées en deux camps : l’Angleterre et le Pays de Galles sont majoritairement pour ce Brexit, mais l’Irlande du Nord et l’Ecosse sont très opposées à ce Brexit, ces deux nations constructives souhaitent rester dans l’UE, notamment l’Ecosse dont le parlement local est massivement composé du parti national Ecossais qui souhaite faire de l’Ecosse un pays à part entière. Bref, on est très loin d’en avoir fini avec ce Brexit.

Et nous dans tout ça ?

Ce Brexit aura des répercussions sur les emplois en France car de nombreuses entreprises sont installées en Grande-Bretagne, quitter l’Union signifie pour le Royaume-Uni de réinstaller un contrôle accru aux frontières et de quitter le marché économique européen. Pour nous lycéens, c’est en quelques sorte une page de l’Histoire qui s‘écrit, elle n’aura pas grande répercussions sur notre mode de vie, hormis pour voyager, vous n’aurez juste qu’à passer un peu plus de temps à la douane avant de profiter des merveilles de ce pays… La seule chose que l’on peut se dire, c’est qu’il est dommage de s’isoler sous le simple prétexte de vouloir s’affranchir de réglementations, de contrôler l’immigration et de restaurer sa « souveraineté nationale » plutôt que de partager des idées et des valeurs auprès des autres…
 

Le prochain épisode le 31 janvier…

 

Thomas TOREL de Seconde 6